Il existe un fichier de l'INSEE que personne ne lit. Il s'appelle DEP6, il pèse 65 Ko, il est gratuit, et il contient le nombre exact de mariages célébrés en France en 2024, département par département et mois par mois.
Nous l'avons dépouillé pour l'Auvergne-Rhône-Alpes. 29 819 mariages, soit 12 % de la France. Voici ce qu'il dit, y compris là où il nous donne tort.
Août n'est pas un mois. C'est douze mois différents
Voici la part du mois d'août dans l'année, pour chacun des douze départements de la région :
| Département | Part des mariages en août |
|---|
| Cantal (15) | 23,7 % |
| Allier (03) | 18,3 % |
| Haute-Loire (43) | 16,6 % |
| Puy-de-Dôme (63) | 13,4 % |
| Ardèche (07) | 12,3 % |
| Drôme (26) | 12,2 % |
| Savoie (73) | 11,9 % |
| Haute-Savoie (74) | 11,5 % |
| Loire (42) | 10,5 % |
| Ain (01) | 10,2 % |
| Isère (38) | 10,0 % |
| Rhône (69) | 8,2 % |
| France entière | 12,2 % |
Dans le Cantal, près d'un mariage sur quatre a lieu en août. Dans le Rhône, un sur douze. Presque trois fois moins, la même année, dans la même région.
La question « faut-il se marier en août ? » n'a donc pas de réponse régionale. Elle en a douze.
Dans le Rhône, octobre bat août
Le chiffre qui nous a le plus surpris. Voici le Rhône, mois par mois, en nombre de mariages réels :
| Mois | Mariages dans le Rhône (2024) |
|---|
| Juin | 1 154 |
| Septembre | 937 |
| Mai | 802 |
| Juillet | 719 |
| Octobre | 684 |
| Août | 567 |
| Avril | 549 |
Relisez les deux lignes en gras. Dans le Rhône, il se marie plus de couples en octobre qu'en août. 684 contre 567.
Août, le mois que tout le monde imagine saturé, est le sixième mois du Rhône. Juin en marie deux fois plus (2,04 fois exactement).
Ce n'est pas une curiosité statistique, c'est une information commerciale. Un domaine du Beaujolais qui remplit ses samedis de juin dix-huit mois à l'avance a, en août, un calendrier deux fois plus creux. Vous n'êtes plus un candidat parmi douze : vous êtes le client de l'été. C'est le rapport de force que nous décrivons dans notre article sur les délais de réservation, et août, dans le Rhône, est l'un des endroits où il bascule en votre faveur.
Quelques domaines du Beaujolais et du Rhône, dont la commune est vérifiable, pour commencer vos appels : le Château de Laforest à Thizy-les-Bourgs (5 sur 118 avis), le Château de Javernand à Chiroubles (4,9 sur 28 avis), le Château des Lumière à Villié-Morgon (4,7 sur 125 avis), le Château de Pravins à Blacé (4,7 sur 45 avis), le Château de Corcelles à Corcelles-en-Beaujolais (4,6 sur 130 avis). Nous les comparons un par un dans notre dossier sur le Beaujolais.
Là où nous nous étions trompés : la montagne
Il faut ici que nous revenions sur quelque chose que nous avons écrit.
Dans notre article sur le choix de la date, nous disions ne pas savoir si la Savoie se mariait plus tard que la Drôme — « ce qui serait logique en montagne, mais que nous ne pouvons pas affirmer ». Nous avions refusé de trancher faute de données.
Nous avons maintenant les données. L'intuition était fausse.
Si l'on calcule le « centre de gravité » de l'année — le mois moyen autour duquel se répartissent les mariages — voici ce qu'on obtient :
| Département | Mois moyen |
|---|
| Haute-Savoie (74) | 6,79 |
| Savoie (73) | 6,84 |
| Rhône (69) | 6,91 |
| Drôme (26) | 6,96 |
Les deux départements de montagne ne se marient pas plus tard que la Drôme. Ils se marient, très marginalement, plus tôt — et l'écart entre la Haute-Savoie et la Drôme est de 0,17 mois, soit environ cinq jours. Sur une année entière, cinq jours ne sont rien. La conclusion honnête n'est pas « la montagne se marie plus tôt » : c'est que l'altitude n'explique rien du tout. La Savoie et la Haute-Savoie sont, question calendrier, indiscernables du reste de la région.
Nous avions eu raison de ne pas l'affirmer. Nous aurions écrit une bêtise plausible.
Ce qui explique vraiment l'écart (et qui reste une lecture, pas une preuve)
Si ce n'est pas l'altitude, qu'est-ce que c'est ? Regardez à nouveau le premier tableau, et regardez quels départements sont en haut : Cantal, Allier, Haute-Loire. Puis lequel est tout en bas : le Rhône.
Ce ne sont pas les plus hauts. Ce sont les plus ruraux — et le Rhône est, de très loin, le plus urbain de la région.
L'explication qui nous paraît la plus vraisemblable : dans un département rural qui a vu partir une partie de sa jeunesse, on se marie quand tout le monde peut revenir, c'est-à-dire au cœur des vacances. Dans une métropole où les invités habitent déjà sur place, la contrainte disparaît, et le calendrier s'étale sur toute l'année.
Nous n'avons pas testé cette explication. Nous n'avons croisé le DEP6 avec aucun indicateur de densité ou de migration : c'est une lecture, pas une démonstration. Nous la donnons pour ce qu'elle vaut, et nous la corrigerons volontiers si quelqu'un fait le travail.
Ce que le fichier montre, en revanche, sans interprétation possible, c'est l'inversion historique. Avant 1914, on évitait de se marier en août : c'était le mois des moissons. Un siècle plus tard, les départements les plus agricoles de la région sont précisément ceux qui se marient le plus en août. La contrainte qui vidait le mois est exactement celle qui, sous une autre forme — les congés —, le remplit aujourd'hui.
Ce que 2024 change à ce que nous vous avions dit
Nos articles précédents s'appuyaient sur l'analyse fine de l'INSEE portant sur 2019, la dernière publiée. Nous prévenions que le post-Covid avait pu déplacer les choses, sans pouvoir le vérifier. Le DEP6 2024 permet la comparaison :
| Indicateur (France) | 2019 | 2024 |
|---|
| Part de juin | 19,0 % | 17,0 % |
| Part de janvier | 2,7 % | 2,8 % |
| Rapport juin / janvier | 7 : 1 | 6,1 : 1 |
| Part de juin à septembre | 59 % | 54,4 % |
La saison s'est étalée. Juin a perdu deux points, et les quatre mois d'été ont perdu près de cinq points en cinq ans. La concentration reste massive — un rapport de six à un entre juin et janvier n'a rien d'anodin — mais elle recule.
Nous mettons donc à jour notre propre chiffre : quand nous écrivions « un rapport de un à sept », c'était vrai en 2019. En 2024, c'est un à six. La conclusion pratique ne change pas ; le chiffre, si. Nous préférons le corriger que le laisser vieillir en silence.
Ce que nous ne savons pas
- Ce fichier ne dit rien des jours de la semaine. La part de 82 % de mariages le samedi vient de l'analyse 2019 ; le DEP6 ne la ventile pas par département. Nous ne savons donc pas si l'on se marie plus souvent en semaine dans le Rhône qu'ailleurs.
- Une seule année. Le DEP6 2024 est un comptage exhaustif de l'état civil, pas un sondage : il n'y a pas de marge d'erreur d'échantillonnage, et les chiffres du Rhône (6 922 mariages) sont solides. Mais le Cantal ne compte que 413 mariages sur l'année : ses pourcentages peuvent bouger d'un point ou deux d'une année sur l'autre par simple petit nombre. L'écart Cantal–Rhône (23,7 % contre 8,2 %) est bien trop large pour être un artefact ; la valeur exacte « 23,7 % », elle, ne doit pas être prise au dixième près.
- Nous ne savons rien du prix. Ce fichier compte des mariages, pas des devis. Que les lieux du Rhône soient moins chers en août est probable — le stock invendu se négocie — mais nous ne l'avons pas mesuré, et nous ne l'affirmerons pas.
Sources : INSEE, « Données départementales et régionales — Les mariages en 2024 et en séries longues », fichier DEP6 (mariages par mois et par département, données 2024, exhaustives). Tous les calculs par département, la part d'août, le mois moyen et les comparaisons 2019–2024 sont les nôtres, effectués directement sur ce fichier. Les données 2019 proviennent de l'INSEE Focus n° 225 (février 2021). Les notes et nombres d'avis proviennent de Google et ont été relevés en juillet 2026.